Si l'exercice a été plutôt bon pour son groupe, le pdg de Kaufman et Broad déplore les réformes incessantes, empêchant selon lui une vision de long terme.
Guy Nafilyan : Guy Nafilyan : Le marché a été soutenu par le Scellier encore à 22 % et le prêt à taux zéro +. Il a été actif, avec une baisse des ventes Scellier partiellement compensée par une hausse des ventes en PTZ+. En volume, les réservations sur les neuf premiers mois de l'exercice ont été globalement stables.
G. N. : Elles ne vont sûrement pas dans le bon sens. Le gouvernement avait pris, en 2008, la mesure de la crise bancaire apparue fin 2007 et sorti un certain nombre de dispositions de soutien pour le logement : Pass foncier, doublement du PTZ, Scellier à 25 %, déduction des intérêts d'emprunt... Cela s'est révélé extrêmement efficace en 2009 et 2010. Comme la réduction du taux en 2011 a entraîné une baisse du marché des logements locatifs en Scellier, il est vraisemblable que la nouvelle diminution de neuf points aura un impact sur les réservations en 2012.
G. N. : Nous avons pris acte que le Scellier sera un produit moins attractif en 2012. Nous allons construire plus de logements pour les étudiants, de résidences pour seniors actifs, c'est-à-dire pour ceux qui prennent leur retraite et cherchent un logement avec services, et essayer de développer une offre plus attractive pour les primo-accédants, toujours soutenus par le PTZ+. Nous allons réorienter notre offre commerciale et notre activité vers des segments de marché où il y a des besoins et qui sont toujours aidés. Nous attendrons ensuite de voir les programmes politiques de droite et de gauche, et peut-être serons-nous amenés à revoir notre positionnement en fonction de ce que décidera le nouveau gouvernement. Kaufman & Broad adapte sa stratégie à la situation du marché, aux attentes des Français et aux mesures de soutien au logement.
G. N. : Dans les zones Anru, la TVA va effectivement passer de 5,5 à 7 %. Bien que l'évolution des prix de ces produits destinés aux primo-accédants soit très sensible - puisque les revenus des acheteurs concernés sont extrêmement contraints - nous allons continuer à nous développer dans ce secteur. Nous réaliserons par ailleurs plus de ventes en bloc (logements sociaux...) en 2012, bien que dans ce secteur aussi la TVA va passer de 5,5 à 7 %.
G. N. : Je préférerais avoir des mesures pérennes qui nous permettraient d'avoir une vision sur le long terme, de la politique du logement dans notre pays. Évidemment, ces changements extrêmement rapides et successifs ne simplifient pas la gestion d'une société de promotion immobilière mais Kaufman & Broad va adapter son offre à cette nouvelle situation, comme nous l'avons toujours fait par le passé.
G. N. : Le problème du foncier est le même depuis plus de vingt ans. Les prix augmentent régulièrement car il y a peu de terrains constructibles en France sur le plan administratif. Les PLU (plans locaux d'urbanisme) sont extrêmement restrictifs. Les maires, globalement, n'aiment pas construire. Quant aux coûts de construction, ils augmentent chaque année parce que les normes évoluent régulièrement. Nous construisons aujourd'hui des logements répondant aux normes BBC, qui ont entraîné une augmentation des coûts de construction de l'ordre de 5 %. Les prix de vente se sont cependant stabilisés. Ils pourraient même baisser en 2012 dans certaines régions où le marché n'est pas véritablement tendu.
G. N. : Nous répercutons bien évidemment dans nos prix de vente les hausses dues au foncier et aux coûts de construction, mais de façon extrêmement limitée pour ne pas désolvabiliser nos acquéreurs. En 2011, nos prix de vente en France ont faiblement progressé. Nous essaierons de les maintenir au même niveau en 2012. Quant à nos marges, elles sont comparables depuis de nombreuses années. Les propriétaires fonciers sont en fait les grands gagnants de l'évolution des prix de vente depuis ces dernières années.
G. N. : Aujourd'hui, nous avons une politique de logement qui n'est pas cohérente, faite d'à-coups en fonction de l'évolution des marchés et de l'économie, sans vision à long terme alors qu'en France, il manque au minimum 500 000 logements, voire 800 000 si l'on en croit la Fondation Abbé Pierre. L'ensemble du système mériterait d'être revu et j'espère que, dans le cadre de cette élection présidentielle, le logement - qui représente à peu près 25 % des dépenses de chaque Français - sera l'un des sujets de débat entre les différents partis pour avoir une vraie politique pour le futur.
G. N. : C'était une intention. Les Français sont peu propriétaires de leur logement comparés aux pays anglo-saxons. La conjoncture, avec deux crises successives, a empêché le gouvernement d'atteindre ses objectifs. On doit favoriser l'accession à la propriété, à laquelle aspirent les Français. Mais il faut aussi des logements locatifs privés, car certains préfèrent louer plutôt qu'acheter. La location favorise la mobilité et il y a un besoin énorme de logements sociaux.
G. N. : La Fédération des promoteurs va interpeller les partis. J'espère que nous serons invités, par l'UMP et le PS en particulier, à réfléchir sur le logement de demain. En tout cas, nous sommes à leur entière disposition pour en discuter, et pour arrêter une vraie politique du logement pour les dix prochaines années. Si l'on avait une vraie stratégie avec une politique cohérente, sans des règles qui changent en permanence, ce serait mieux pour répondre aux besoins des Français.
- autres L'INVITE NATIONAL
PARCOURS
1945 : naissance le 1er février 1945 à Vernon (Eure).1971 : avocat près la cour d'appel de Paris.1977 : directeur général de Kaufman & Broad.1983 : président de Kaufman & Broad France.1986 : Senior Vice President de Kaufman & Broad Home Corporation, société mère de Kaufman & Broad France.1992 : Executive Vice President de Kaufman & Broad Home Corporation.2000 : introduction de Kaufman & Broad SA à la Bourse de Paris.