Jardinier en chef du château de Versailles, aussi célèbre pour ses chroniques sur France Inter, il manie le verbe avec autant d'aisance que la bêche ou le sécateur. Rencontre au Petit Trianon.
Alain Baraton : C'est un homme qui embellit votre quotidien, qui plante des fleurs et des arbres et fait en sorte que votre vie soit un petit peu moins terne. Il transforme un herbage sans grand intérêt en jardin d'agrément. Voltaire disait : « Jardinier est le plus noble des métiers ». Mais je déteste le terme de paysagiste et je n'en connais qu'un : André Le Nôtre, capable, grâce à son talent, de transformer le paysage. C'était un dessinateur de génie, un architecte, un homme capable de composer avec le paysage et les volumes, mais qui n'avait pas la fibre jardinière, qui ne connaissait pas vraiment bien le végétal. Il l'utilisait mais n'avait pas de compétences botaniques, contrairement au jardinier qui doit connaître les plantes et apprendre à les apprivoiser.
A. B. : Finalement, depuis très peu de temps. Autrefois, le jardin existait par nature, il permettait d'entreposer les charrettes, les outils, voire abriter les animaux de la ferme. Puis, il est devenu alimentaire, on avait besoin d'un lopin de terre pour cultiver de quoi se nourrir. Depuis une quarantaine d'années, c'est une pièce supplémentaire pour la maison, un lieu de vie dont on veut profiter en été avec toute la famille, un lieu d'agrément sophistiqué, champêtre, écolo...
A. B. : Aujourd'hui, logement et jardin sont véritablement soudés. Je crois que l'on a besoin d'un contact direct avec la végétation, la nature, la plante. N'oubliez pas non plus que le jardin est peut-être la seule « pièce » vivante de votre logement. Vous pouvez améliorer la décoration, mais elle n'évoluera pas. Alors que dans le jardin, la petite plante va devenir grande, faner, parfois même mourir. Le logement, on y vit, le jardin, on peut y vivre mais, en plus, il symbolise la vie.
A. B. : Il faut être très prudent avec ce terme parce que l'on a un peu trop tendance à galvauder le mot « durable ». Quand on achète une maison, on investit pour le futur, parfois même pour la postérité. Le durable, c'est donc d'être capable de vivre heureux le plus longtemps possible dans une maison qui, elle même, aura tout pour pouvoir s'intégrer dans un environnement et être source de joie sans polluer l'atmosphère, l'air, la terre et l'eau.
A. B. : Cela peut surprendre mais je crois que Versailles a été conçue de manière assez durable. Certes, tout a été rasé pour permettre à Louis XIV de construire ces merveilles mais aujourd'hui, la gestion du domaine est durable, la biodiversité est devenue notre moteur. Comme quoi, on peut faire grand, beau, royal... tout en étant proche de la nature.
COUPS DE COEUR Les jardins d'Alain Baraton | ||
| ... Le préféré À Versailles, j'aime surtout celui de Marie-Antoinette, un endroit exquis. Tout y est à dimension humaine avec des fleurs, de modestes constructions et, surtout, une agréable atmosphère, sans trop de touristes. C'est un lieu où l'on se sent bien. | ... Le secret J'ai la chance d'avoir mon propre jardin ici même, où j'en fais un minimum mais où les petites plantes peuvent pousser et fleurir librement. Il n'y a pas grand chose mais l'idée d'avoir un jardin brouillon au coeur de Versailles n'est pas pour me déplaire. | ... et l'idéal Celui de mon grand-père. Il cultivait un extraordinaire potager avec une multitude de légumes, d'arbres et d'arbustes. C'est là où j'étais le plus heureux enfant et si demain j'avais la chance de pouvoir le reproduire, je le ferais sans aucune hésitation. |
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PARCOURS
1957 : naissance le 10 septembre à La Celle-Saint-Cloud.1976 : aide-jardinier stagiaire à Versailles.1982 : jardinier en chef du Domaine national de Trianon et du Grand Parc de Versailles.2004 : débuts au 7-9 sur France Inter.2010 : Je plante, donc je suis (Grasset).