Dans l'ombre il y a dix ans, les chasseurs immobiliers ont désormais pignon sur rue, avec Paris et les grandes villes pour cibles favorites. Des professionnels qui se mettent en quatre pour combler les attentes de leurs clients.
On pourrait croire au premier abord que la profession de chasseur d'appartements est assez proche de celle d'agent immobilier. En fait, elle est plutôt complémentaire, c'est un métier de services sur-mesure, clés en mains. Nous nous occupons du projet immobilier du début jusqu'à la fin : recherche du bien, démarches auprès des notaires, des institutions financières pour l'obtention de crédit, mise en relation avec nos prestataires entrepreneurs en cas de rénovations, jusqu'à la vente du bien au client. C'est une relation privilégiée qui ne se limite pas à l'unique achat mais qui va bien au-delà, le tout en étant davantage du côté de l'acheteur que de celui du vendeur. Nous avons une démarche pro-active. L'agent immobilier classique propose ce qu'il a en portefeuille. Nous, en revanche, allons chercher le produit là où il se trouve.
Feu de tout bois
Étant très respectueux du temps de nos clients, notre sélection reste très précise et au plus proche de leurs critères, quitte parfois à aller au-delà de leurs espérances. Nous avons un devoir de conseil pour que l'achat s'effectue à sa juste valeur, et de négociation. En faisant appel à nous, nos clients accèdent à notre savoir-faire et à notre réseau d'agents immobiliers, marchands et administrateurs de biens, avocats, architectes, gardiens d'immeuble, commerçants... Nous avons aussi développé une base Internet et un outil Web qui nous permettent de repérer toutes les annonces présentes sur la toile. Nous faisons feu de tout bois pour trouver l'appartement demandé, en utilisant tous les supports possibles pour satisfaire le client.
L'esprit libre
Nous devons aussi faire preuve de persévérance et d'audace ! Pour la majorité de nos clients (cadres, professions libérales, traders, commerçants, monde des médias, investisseurs...), le recours à un chasseur d'appartements s'impose car l'accession à la propriété devient un véritable parcours du combattant ! La commission d'un chasseur immobilier s'apparente plus à une prestation de services, comme celle d'un chasseur de tête mandaté pour trouver un commercial dans une société. Ce coût reste assez faible lorsque l'on cible des biens de qualité, voire d'exception. Le client va y gagner en temps et, surtout, va mettre toutes les chances de son coté pour trouver son appartement. En général, la commission s'intègre dans un budget global. Notre objectif est aussi de mériter et de justifier ce coût, tout en permettant à nos clients d'avoir l'esprit beaucoup plus libre et, surtout, de parvenir enfin à acheter ce dont ils ont réellement envie.
Catherine Nahman et Nathalie Cohen, créatrices et cogérantes de l'agence Paris en Vue, Paris XVIe
Chasseur, ou dénicheur, d'appartements, c'est exactement l'inverse d'une agence immobilière : on s'intéresse uniquement à l'acheteur et à ses problématiques, pas au vendeur. C'est un peu comme un avocat qui défend les intérêts de son client : il ne peut pas être pour l'autre partie, il choisit son camp et le défend à 100 %. Quand des clients nous disent qu'ils ont besoin de vendre avant de racheter, soit nous les mettons en contact avec des agences que nous connaissons bien, soit nous les laissons commercialiser leur bien de leur côté. Bien entendu, s'il correspond à l'une de nos recherches, c'est génial, mais nos critères sont tellement précis que c'est assez rare.
Nous ne sommes donc pas concurrents mais complémentaires des agents immobiliers. D'ailleurs, depuis huit ans que nous existons, nous travaillons avec 98 % d'entre eux. Ils y trouvent leur intérêt parce que nous arrivons avec des dossiers précis, en connaissant les souhaits de nos clients et ce qui, pour eux, sera rédhibitoire. Nous évitons donc les visites inutiles et l'agent immobilier ne perd pas son temps. De plus, lorsque nous entrons une recherche, le dossier de financement est validé en amont. On ne se retrouve donc jamais avec un acheteur qui ne peut pas obtenir son prêt.
Cahier des charges
Lorsqu'un client vient nous voir, nous définissons ensemble un cahier des charges en priorisant ses critères en fonction de son choix. Pour certains, le cadre va être prioritaire, tandis que pour d'autres, ce sera l'absence de vis-à-vis. Nous les aidons à définir ce qui est important pour eux : la proximité d'une station de métro, d'une école, un accès facile à une gare ou aux aéroports, être plutôt dans le centre de Paris, dans un quartier animé ou, au contraire, plus au calme... Nous essayons aussi de faire en sorte que ces critères soient compatibles : quelqu'un qui cherche un appartement calme, clair, sans aucun vis-à-vis avec un prix moyen au mètre carré pas forcément très élevé, c'est sûr qu'il devra faire des concessions sur l'un de ces points.
Nous avons trois types de clients. À nos débuts, en 2003, c'était un tiers d'étrangers, un tiers de Parisiens et un tiers de provinciaux. Aujourd'hui, nous n'avons plus que 10 % d'étrangers à cause du coût de l'euro et des prix pratiqués à Paris, une ville plus chère que New York. Les provinciaux cherchent un pied-à-terre ou un appartement pour leur enfant étudiant. Beaucoup travaillent trois ou quatre jours à Paris et habitent en province le reste du temps. Enfin, nous avons les Parisiens débordés et qui n'ont plus le temps de chercher. Le client type est un jeune couple de cadres dynamiques, tous deux actifs, aidés financièrement par leurs familles mais qui n'ont absolument pas le temps de chercher.
Du sur-mesure
Les demandes les plus courantes sont l'appartement T3 de 70 m² avec deux chambres et l'appartement familial avec trois chambres sur 120 m². Nous avons aussi beaucoup de demandes de petits deux pièces. Mais nous ne sommes pas non plus magiciens : nous n'allons pas sortir de notre chapeau des produits à 7 000 euros/m², qui n'existent pas à Paris en ce moment. La moyenne constatée par la Chambre des notaires est à 8 500 euros/m², mais nous visitons souvent des appartements plus chers parce que l'on nous demande, par exemple, un quatrième étage clair, calme et avec une vue dégagée. C'est du sur-mesure. En moyenne, nous prenons de 2,5 à 4,5 % de commission. Les clients qui font appel à nous savent que cela aura obligatoirement un coût et qu'ils doivent l'intégrer dans leur budget.
Christine Pelosse, créatrice et gérante de l'agence Homelike Home, Paris IIe
REPRÉSENTATION Chasse gardée Alors que la France comptait moins de cinq chasseurs immobiliers en 2003, ils sont aujourd'hui plusieurs centaines à exercer, principalement dans les grandes agglomérations et les zones touristiques. Ce développement rapide a poussé Christine Pelosse à créer, en 2006, la Fédération nationale des chasseurs immobiliers (FNCI), dont elle est présidente. « L'idée était de regrouper des chasseurs ayant la même philosophie et la même charte de déontologie que nous, à savoir ne pas prendre de produits à la vente et être uniquement tourné vers les intérêts de l'acheteur et les défendre », explique-t-elle. |
- autres SUR LE TERRAIN
8 150
C'est, en euros et au m², le prix moyen d'un appartement dans l'ancien à Paris, un montant qui a progressé de 22,5 % en un an et de 47,8 % sur cinq ans
Chambre des notaires de Paris - Ile-de-France, septembre 2011