Comme le dit la chanson ; « Ils sont venus, ils sont tous là : elle va mourir la mama ». Pas moins de 110 chefs d’Etats sont au chevet, à Copenhague, de la Terre mère, de la terre nourricière. Presque la totalité des dirigeants de la planète. Du jamais vu !
Il y a quelques semaines, lors du sommet de la FAO, pas un seul chef d’Etat n’avait jugé utile de faire le déplacement. Le sujet était, cependant, d’importance puisqu’il s’agissait de voler au secours d’un milliard de personne sur le point de mourir de faim.
Il y a dix ans, les chefs d’Etat et de gouvernement avaient pourtant décidé solennellement d’éradiquer la pauvreté dans le monde. Au plus tard en 2015 ! Mais les milliards promis alors ne sont toujours pas arrivés alors que les ravages de la crise touchent particulièrement les plus démunis. Il manque toujours, en effet, 35 milliards de dollars par an pour tenir les promesses. Mais qu’importe puisque entre-temps l’effet d’annonce a eu lieu !
Se préoccuperait-on davantage du sort futur de la planète que de la survie immédiate d’une bonne partie de ses habitants Cela signifierait-il que les grands hommes politiques n’ont d’autres préoccupations que d’être présents où il faut, quand il faut ? Cela signifierait-il qu’aujourd’hui Coluche fait moins recette que Nicolas Hulot ?
Les modes ont changé. Et sans doute est-il plus rentable et plus facile pour un dirigeant de se montrer aujourd’hui écologiste que de se montrer généreux. Car, la réalité est financière. Il est aisé d’annoncer que l’on va réduire les gaz à effet de serre. Cela ne coûte rien au budget de l’Etat ; au contraire. En revanche, en cette période de crise, il est beaucoup plus compliqué de trouver de l’argent.
Ainsi, pendant que les uns meurent de faim, les autres se félicitent de prendre des décisions capitales pour l’avenir. Certes il faut sauver la planète. Des progrès seront sûrement faits puisque enfin, les Etats-Unis et la Chine, deux des grandes économies du monde, ont fait part de leur désir de lutter contre le réchauffement de la planète.
Mais, égoïstement, - le débat est ancien - ne sommes nous pas en train de dire aux pays les plus démunis : « Faites ce que l’on vous dit ne faites pas ce que nous avons fait », sans nous demander si leur économie, leur croissance, leurs besoins sont compatibles avec nos désirs ?
Les pays riches ont désormais pris conscience de l’impasse dans laquelle ils s’étaient engouffrés. C’est d’autant mieux, que l’économie verte peut être un nouveau moteur de croissance.
Mais quand l’on manque de tout, comment fait-on pour pratiquer un tel virage sans en avoir les moyens ? Il suppose, en effet, d’acquérir des technologies, des matériaux, des usines qui coûtent beaucoup plus cher. Sans une aide massive des pays occidentaux les économies émergentes ne pourront jamais suivre.
Si les pays développés font preuve, après les beaux discours, de la même générosité qu’ils ont montrée pour éradiquer la faim dans le monde, tous les doutes sont permis.
En tout cas, le grand mérite du sommet de Copenhague sera sans doute d’avoir fait prendre conscience à l’opinion publique mondiale de la nécessité de changer de modèle de croissance, y compris aux américains. Mais tout attendre des Etats serait prendre le risque de voir le soufflet retomber. On sait depuis longtemps que les économies d’énergie contribuent plus que toutes les énergies renouvelables à la réduction du taux de CO2. Le comportement de chacun est tout aussi essentiel que les lois et autre taxe carbone, pour relever le défi. Il fut un temps où, Pinay, Premier ministre, éteignait toutes les lumières de Matignon, le soir, avant de quitter son bureau, pour donner l’exemple.