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- La chronique

Le triple pari du Président

Par Gabriel Milesi
Le 01/07/09

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Il a eu le « Pinay », le « Giscard, le « Balladur »… voilà maintenant l’emprunt « Sarkozy ». Un coup politique ou une bonne affaire pour la France ? Le président de la République ne veut ni d’un plan de rigueur ni d’une hausse des impôts. Mais la France a besoin d’argent. Restait donc une solution : un grand emprunt. Au cours des semaines qui viennent les ministres vont plancher pour définir les priorités nationales. Ensuite les Français seront gentiment priés de mettre la main à la poche pour assurer leur avenir.

Toutefois pour que le « à vot’bon cœur » fonctionne, il faudra les séduire en leur proposant un produit attractif. Si c’est pour rester au niveau du livret A, l’échec est assuré. Quand EDF emprunte à 4,5%, il faut faire aussi bien sous peine de se heurter à l’indifférence. Et c’est là que le bât blesse ! L’Etat n’a aujourd’hui, aucun problème pour financer sa dette à bon compte. Ces dernières semaines, par exemple, il a levé plus de 3 milliards d’euros à 2,7%.

Comme disait le slogan : « il faudrait être fou pour payer plus ». Alors pourquoi aller chercher de l’argent cher quand on peut l’avoir à meilleur marché ? Parce qu’un emprunt national c’est aussi une sorte de référendum, une façon de demander aux Français leur adhésion à une politique. Si les sommes recueillies sont spectaculaires, cela prouve que le pays soutient le gouvernement et sa politique. Habilement le président de la République a souligné que l’argent ainsi recueilli servirait à investir.

Ce serait donc de la bonne dette ! Si l’argent ainsi collecté coûte plus cher, il permet d’isoler ce que les autorités appellent désormais « la dette de crise », par opposition avec l’immense dette qui s’est accumulée au fil des années. Là, on sait combien on emprunte et où ça va ! Et on peut espérer que sur le long terme le bilan sera positif puisque cet argent permettra d’améliorer la compétitivité de « l’entreprise France ». Il n’empêche « dette de crise » ou « dette structurelle », cela reste de l’endettement.

Or la France a largement dépassé aujourd’hui les limites autorisées. A tel point que la plus grande partie des ressources de l’Etat – les recettes fiscales - est désormais consacré au paiement des seuls intérêts. Le Président a donc annoncé parallèlement que toutes les dépenses allaient être passées au peigne fin. Tous les organismes qui ne sont pas utiles seront supprimés, toutes les dépenses qui s’avéreront inefficaces seront rayées, la réforme administrative du pays sera réalisée, etc.

Pour réduire l’endettement, il n’existe, en effet, qu’une seule solution, diminuer les dépenses. Ce qui est loin d’être facile en période de crise mais qui pourtant est obligatoire. Le chef économiste du FMI n’y va d’ailleurs pas par quatre chemins quand il déclare craindre que si les gouvernements ne réfléchissent pas dés aujourd’hui à des réformes structurelles pour diminuer les déficits, « les marchés ne s’affolent devant l’envol de l’endettement. » Cela signifierait que la sortie du tunnel - qui est en vue - serait reportée et que l’on retomberait dans une situation comparable, toujours selon lui, à celle des années 30 !

Les agences de notation suivent d’ailleurs avec attention l’évolution de la dette de certains Etats. Si elles dégradaient les notes qu’elles attribuent à ce qui est considéré comme le placement le plus sûr, non seulement les différents gouvernements devraient payer plus cher leurs emprunts mais une perte de confiance généralisée pourrait s’en suivre. Le Président fait donc un triple pari : celui que les Français lui font confiance, celui que les marchés devant l’enthousiasme du pays seront rassuré sur ses capacités à aller de l’avant., celui aussi que les Français sont assez riches pour lui prêter de l’argent et continuer à consommer. Car le risque existe aussi, dans un pays qui épargne déjà beaucoup, de freiner la consommation, le plus puissant moteur de la reprise.



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