Tout le monde se préoccupe aujourd’hui de l’avenir de la planète. Mais personne ne s’inquiète de la dette durable que nous sommes en train de fabriquer.
Le monde, semble-t-il a touché le fond de la crise. Mais quelle crise ? La financière ? Certes ! L’économique ? Des signes positifs apparaissent un peu partout. La crise de l’emploi ? Elle est encore en train d’exploser.
Certes, la consommation commence à reprendre : certes l’indice des directeurs d’achat européens se réoriente à la hausse ; certes les commerçants recommencent à stocker des marchandises ; certes, les achats d’automobiles poussés par la prime écologique se portent mieux…
Mais voilà que revient sur le devant de la scène le lancinant problème de la dette.
Le patron de la banque centrale américaine n’y va pas par quatre chemins. L’augmentation de la dette américaine, a-t-il déclaré, contribue à faire monter les taux d’intérêts à long terme. Le moment est donc venu de travailler à la réduction des déficits.
Les responsables économiques sont donc désormais face à un virage délicat. Si leur action a limité les dégâts, ils doivent, maintenant que la situation semble se stabiliser, lutter contre les effets secondaires des médicaments administrés. Une augmentation des taux d’intérêts risque, en effet, d’étouffer dans l’œuf l’amorce de reprise qui se dessine. L’argent cher freine la consommation, les achats de logement, les investissements…
Dans le même temps, pour compliquer encore la situation, ressurgit ce monstre froid qui dévore tout sur son passage : l’inflation. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, les raisonnements qui avaient, il y a quelques mois, propulsé vers des sommets les prix des produits agricoles, du pétrole ou des métaux reprendront le dessus quand la reprise sera venue. Nous n’en sommes pas encore là mais l’or noir par exemple, est déjà reparti à la hausse passant en quelques semaines de 40 à prés de 70 dollars le baril.
Mais – et c’est là que le bât blesse - l’arme la plus efficace pour lutter contre l’inflation reste toujours celle des taux d’intérêts ! Comment faire baisser le coût de l’argent, si la raison exige de l’augmenter ?
Tout simplement en réduisant les appels au marché des principaux emprunteurs, les Etats. Si l’argent est abondant et la demande faible, les taux en effet, diminueront automatiquement.
C’est probablement la voie que choisiront, dés que possible, les Etats-Unis.
La France, elle, a trouvé une astuce : isoler ce que Bercy appelle « la dette de crise ». Autrement dit, distinguer les bonnes et les mauvaises dettes. « Vaste programme », aurait dit le Général !
S’il est facile de faire le total du plan de relance décidé ces derniers mois pour relancer l’économie, il n’est pas aisé en revanche, de séparer le bon grain et l’ivraie dans la dette accumulée depuis 30 ans. Les dépenses antérieures à la crise, destinées à financer l’éducation et la recherche, par exemple, font-elles partie du bon ou du mauvais paquet ?
Le fait est que Paris est entré dans les turbulences doté d’un solide endettement qui n’a fait depuis que se gonfler. Et lorsque la dette dépasse les 80% du PIB, les ressources ne servent plus qu’au seul financement des intérêts.
Il faut donc arrêter cette machine infernale avant qu’il ne soit trop tard. Mais ce n’est pas en mettant ces déchets dans des poubelles de couleur différentes que l’on règlera le problème. Il n’y a que deux façons de rétablir l’équilibre : augmenter les impôts (mais nous battons déjà des records) ou réduire les dépenses.
Faute de quoi, il coûtera de plus en plus cher d’emprunter et cela pèsera de plus en plus sur la marche de l’économie.
La crise que nous vivons aujourd’hui a pour origine un endettement massif d’un bout à l’autre de la planète. Seule une remise à zéro des compteurs permettra de repartir sur des bases saines. C’est aussi une des conditions du développement durable.